L'écologithèque.com
a pour vocation de rendre visible au plus grand nombre et de chroniquer
les livres, les films documentaires (DVD), les BD & les revues
à caractère environnemental,
écologique, mais
aussi social. Les chroniques sont animées par
l'écrivain
Christophe Léon. Vous pouvez si vous le souhaitez commenter
les
chroniques par mail à commentaires@ecologitheque.com. Les
commentaires, après modération, seront
insérés à la suite des chroniques
concernées.
« Dans quelle mesure les commodités dont nous
jouissons sans nous poser de questions, mais qui nuisent à notre
habitat, nous sont-elles vraiment indispensables ? Quelle part des
ressources naturelles que nous sommes en train d'épuiser contribue à
améliorer notre vie et quelle autre nous maintient enchaînés à notre
condition d'esclave du travail ? » Colin Beavan est
Américain. Il vit à New York et est écrivain. Conscient de l'empreinte
écologique du New-yorkais moyen qu'il est, il décide un jour, pour lui
et sa famille, de réduire au maximum pendant un an cette empreinte.
Mieux, il va en faire un livre et relater son expérience, les
changements qu'elle a entraînés dans sa vie, les contraintes, les
bonheurs, les échecs. L'auteur de No Impact Man, paru chez 10/18, tente d'atteindre un certain équilibre qu'il résume par une formule mathématique : « Impact négatif + impact positif = 0 impact net ».
Comment
vivre en couple, se déplacer et élever son enfant en essayant de
limiter au maximum ses déchets, ses émissions de gaz à effet de serre,
bref en polluant le moins possible dans une mégapole telle que New
York ? Discuter, exiger, faire la morale est un exercice
facile auquel la plupart d'entre nous s'adonne volontiers. Quand il
s'agit d'environnement et développement soutenable, chacun y va de ses
conseils, de ses solutions. Mais qui pratique ? Qui dans sa vie
quotidienne tente d'accorder ces beaux principes de sauvegarde de la
Planète et de ses ressources naturelles ? Autant dire peu de
monde. Comment convaincre quand soi-même, à sa petite échelle, on ne
fait rien, ou si peu ? Bien évidemment, les industriels les
plus polluants s'entendent à nous faire culpabiliser. La publicité, le
sponsoring de campagnes incitant le citoyen à adopter un comportement
éco-responsable cachent les vraies responsabilités. Celles des grands
groupes transnationaux qui émettent pour plus de la moitié des GES.
Ceci dit, ne pouvons-nous pas en même temps que de critiquer à juste
raison les industriels opter pour des modes de vie plus rationnels, des
comportements moins destructeurs pour ce qui concerne l'avenir de notre
unique maison, la Terre ?
« ...si nous
accordions moins d'importance aux acquisitions, nos existences seraient
plus riches, plus gratifiantes, les ressources serainet mieux gérées,
la planète et ses habitants seraient plus heureux. » L'accumulation
de biens nuit à notre bonheur. Elle nuit aussi à l'environnement. La
surconsommation et l'accroissement exponentiel de besoins superflus,
qu'on nous vante comme un droit et un accès au bien-être, fait des nous
des esclaves du travail et, par ricochet, des instruments de la
dégradation environnementale. « …
travaillons-nous et achetons-nous toutes ces choses pour vire, ou
vivons-nous pour travailler et acheter toutes ces choses ? » Une question centrale que pose Colin Beavan dans No Impact Man.
Les biens matériels, quand ils sont devenus superfétatoires dégradent à
nos conditions de vie, détruisent les liens, font de nous des robots,
des soldats consommateurs — intercheangeables, corvéables à merci et
sans âmes. L'anthropocène est l'ère du déchet, du jetable et de l'obsolescence programmée.
No Impact Man nous montre in vivo
ce que pourrait être un mode de vie plus responsable. Réduire son
empreinte écologique oblige à faire des choix, à tisser du lien, à
regarder autour de soi, à se créer les conditions d'une existence plus
libre et plus remplie. On pourra toujours se moquer de ces gens
qui tentent de changer leur quotidien afin de réduire leur empreinte
écologique, ceux qu'on appellent des « écolos » ou des
utopistes. La surproduction, la surconsommation, mais surtout
l'idéologie productiviste et le néolibéralisme créent toutes les
conditions pour une destruction à plus ou moins long terme de notre
environnement. Il ne s'agit plus d'idéologie. De droite ou de gauche.
Il est question de la survie de l'humanité et des générations
futures. No Impact Man ne
cherche pas à culpabiliser. Le livre prouve simplement qu'en vivant
plus prêt de ses besoins réels, en devenant chaque jour un peu
plus responsable, en réduisant son impact sur l'environnement la vie
devient plus heureuse, plus partagée, plus équitable. L'écologie
et le respect de la Planète n'est pas un moins mais un plus. Nous avons
tous (et tout) à y gagner. Il est urgent de faire le premier pas vers
une société de l'être en opposition avec celle qui nous rend esclaves,
celle de l'avoir. « … je préfère être un imbécile qui
essaye, plutôt qu'un imbécile qui reste les bras croisés, alors qu'il
sait pertinemment ce qui lui pend au nez s'il ne fait rien. » La
question n'est plus de savoir pourquoi — nous le savons tous,
l'information est maintenant suffisamment diffusée pour ne plus se
mentir à soi-même —, ce qu'il faut c'est agir.
Ce qui ne gâche rien, l'humour est omniprésent dans No Impact Man.
L'auteur se moque volontiers de lui et de ses échecs. Il n'y a pas dans
ce livre de thèse dogmatique. Chacun est capable de se réaliser à
travers un mode de vie plus en adéquation avec la Planète. Il pourra
alors, en toute légitimité, exiger des pollueurs qu'ils cessent de
détruire notre environnement. Il est temps de mettre un terme au Faites ce que je dis, pas ce que je fais. « Vivons
nos vies comme si nous ne comptions pas pour du beurre. Car
paradoxalement, le plus dangereux, c'est encore de se croire
insignifiant. Les gros lobbies ont l'argent de leur côté, nous avons
les êtres humains. » Le projet écologiste est un
projet humaniste. Il n'est pas question de revenir en arrière, mais
bien plutôt de progresser vers une humanité plus partageuse, plus
redistributive et plus heureuse.
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