L'écologithèque.com
a pour vocation de rendre visible au plus grand nombre et de chroniquer
les livres, les films documentaires (DVD), les BD & les revues
à caractère environnemental,
écologique, mais
aussi social. Les chroniques sont animées par
l'écrivain
Christophe Léon. Vous pouvez si vous le souhaitez commenter
les
chroniques par mail à commentaires@ecologitheque.com. Les
commentaires, après modération, seront
insérés à la suite des chroniques
concernées.
« Les services
publics sont étroitement liés aux droits fondamentaux, le droit à la
santé, le droit à l'éducation, le droit de se déplacer, le droit de
communiquer, de vivre tout simplement, de s'éclairer, de se chauffer,
de se loger... Ils sont le produit de décennies de combat, de sueur et
de larmes d'hommes et de femmes mobilisés pour la conquête et la
préservation de ces droits... » C'est au principe même
de solidarité et d'égalité que s'attaque la réforme des services
publics préparée, mise en place et imposée par les gouvernements
successifs (de droite comme de gauche). Le mot réforme
est souvent considéré sous son aspect positif, mais ici la réforme
n'est rien d'autre — par le biais de la RGPP (Révisons générale des
politiques publiques) — qu'un moyen de mettre à sac et de brader
l'essentiel de ce qui, depuis 1945, constitue le socle du
vivre-ensemble unissant notre communauté. Jacques Cotta dans son livre Qui veut la peau des services publics ?,
paru aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, prend le parti de nous
montrer de l'intérieur ce qu'est réellement cette réforme, les
changements qu'elle induit dans le quotidien de millions de Français.
« Le
choix politique au bénéfice de la vie collective et du bien-être du
citoyen doit-il se trouver remis en question indépendamment de toute
autre considération pour des raisons financières ? » Un des intérêts, entre autres, de Qui veut la peau des services publics ? est que l'auteur pose les bonnes questions. Il
est étrange que l'on veuille donner un prix à la vie humaine et qu'on
décide de fermer des hôpitaux, des maternités, des services d'urgence
pour des motifs financiers et des seuils de rentabilité. Qu'elle
peut-être la rentabilité d'un être humain ? Il y aurait donc des
malades qui valent la peine d'être soignés, des enfants qui méritent de
naître dans de bonnes conditions, des vieux qui rapportent davantage
que d'autres... La solidarité se calcule-t-elle ? Le
premier rôle d'un État n'est pas d'équilibrer ses comptes, d'être un
simple financier gestionnaire du bien collectif, mais davantage de
venir en aide aux plus démunis, d'assurer un service de santé
égalitaire, un service éducatif de qualité et de permettre à chacun de
communiquer, de se déplacer, de se loger dans des conditions décentes.
Le jour où la finance aura définitivement pris le contrôle de l'État,
nous vivrons au sein d'une société côté en Bourse, dont le capital ne
sera pas humain mais monétaire et où les profits d'une minorité se
feront sur le dos de la majorité des concitoyens (si ce n'est déjà le
cas). Jacques Cotta va dans les hôpitaux, les bureaux de poste,
les écoles, rencontre des fonctionnaires, des agents de l'État et des
usagers. Il constate combien la RGPP n'est pas simplement une réforme
mais bien une entreprise de destruction, le fossoyeur d'une certaine
idée de la vie collective, de la Nation et du rôle de l'État. « Au
regard des besoins collectifs et individuels, des exigences
républicaines d'égalité, de solidarité, de fraternité, leur
rétrécissement [des services publics] représenté comme un progrès
exprime une régression de toute la société. »
La
réforme du service public a assurément un but : faire payer par
les plus pauvres les déficits structurels et la dette publique pour le
compte des plus riches. On l'a vu avec la crise financière où
l'État (nous) n'a pas eu de difficultés à sortir de ses caisses 400
milliards d'euros pour venir en aide aux banques, alors qu'une
trentaine de milliards suffirait à combler le trou de la sécurité
sociale. Les déficits du secteur public sont le prix à payer pour maintenir un équilibre au sein de notre communauté. Tentre de réduire ce déficit
sans prendre en considération l'intérêt général, ou pire, faire des
bénéfices, revient à donner un blanc-sein aux services privés. « La
chasse aux déficits dans tous les domaines aboutit au transfert des
dépenses socialisées, prises en charge par l'État, sur le budget des
particuliers, contraints d'accéder à des services privés, lucratifs,
dont le but essentiel est assez normalement de réaliser du profit. » C'est
bien la notion et l'obligation de profit qui gangrène le bon
fonctionnement des services publics. Peut-on faire du profit dans
l'Éducation Nationale, créer des « lycées-entreprises » ?
Doit-on considérer nos enfants comme des marchandises interchangeables,
cotables ou encore de futurs sur-consommateurs, de simples rouages de
la machine à faire du pognon ? Qui veut la peau des services publics ? met aussi en garde contre une dérive antidémocratique : « Le
fonctionnement antidémocratique des responsables politiques est une
constante dans la privatisation des services publics. » En
résumé : eux savent et nous pas. Sous le couvert de sauver le
système, les gouvernants le mettent en pièce. Pragmatisme, rentabilité,
réalité financière, obligations européennes, etc., autant de mots
paravents que nos femmes et nos hommes politiques jettent en pâture
pour faire écran à une autre réalité, celle dépeçage des services
publics — on se paie sur la « bête ». Comment peut-on
croire qu'aujourd'hui — alors que notre société baigne dans une
certaine opulence — nous ne puissions pas maintenir et améliorer des
services publics que nos anciens ont bâtis en 1945 après la guerre,
sans moyens financiers et à la suite d'un conflit mondial
destructeur ?
Jacques Cotta nous alerte sur ce qu'est réellement cette réforme : l'agonie de la République. Qui veut la peau des services publics ? est un document qui appelle à « l'émergence
d'une autre République, sociale dans son principe, basée sur la
sauvegarde de l'intérêt général, qui permette à chacun de construire sa
vie, du travail au logement, de l'éducation à la santé, et de
s'épanouir. De vivre tout simplement ensemble. » À
l'heure où nous avons tant besoin de services publics forts afin de
palier aux maux qui touchent les plus faibles d'entre nous (de plus en
plus nombreux et fragiles), Qui veut la peau des services publics ? est un livre qui permet de mieux comprendre les enjeux et les répercussions au quotidien d'une réforme inhumaine.
Qui veut la peau des services publics?, de Jacques Cotta, éd. Jean-Claude Gawsewitch
Vous pouvez laisser vos commentaires à cette adresse: commentaires@ecologitheque.com.
Après modérations, ils seront
insérés sous la chronique correspondante.
Le site de Christophe
Léon, animateur de
L'Écologithèque
Proposer
une chronique, une note de lecture ou une recension