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« En répartissant
en organisant la rareté plutôt que d'y remédier, l'argent a consolidé
les inégalités sociales. Sa possible accumulation n'a fait que donner
davantage de pouvoir à ceux qui avait déjà plus. […] L'écrasante
majorité des échanges humains est aujourd'hui monétisée, et le
néolibéralisme s'emploie à livrer au marché les derniers espaces de
gratuité... » L'argent ne fait pas le bonheur
est une antienne du temps de papa, mais aujourd'hui la nouveauté — bien
contemporaine celle-ci — c'est qu'il n'y contribue plus ou si peu.
Désobéir à l'argent, par les Désobéissants aux éditions Le passager clandestin dans la collection Désobéir
est un petit livre instructif, rageur par certains côtés et motivant
pour celles et ceux qui considèrent l'argent non pas comme la panacée
économique universelle mais, au contraire, comme un frein et « [u]ne
logique strictement comptable, qui néglige la nature des conditions de
production (éventuellement dangereuses, esclavagistes, polluantes,
aliénantes) et dont le coût social, ce que les économistes appellent
les “externalités négatives”, ces dégâts que la soif insatiable
d'argent cause à l'environnement, à la qualité de l'air, à la santé des
travailleurs, au bien-être des humains comme des animaux, aux
ressources non renouvelables et pourtant essentielles à la vie,
etc. »
Un premier et court chapitre, Désobéir à l'argent ?,
dresse un éventaire des ravages occasionnés par l'argent roi. Parmi
toutes les raisons qui peuvent inciter le citoyen à résister, celle,
écologique, n'est pas la moindre et devrait interroger chacun de nous
sur son rapport au flouze, au pèze, à l'oseille ou encore au
grisbi : « En raison du coût écologique immense de notre modèle économique, la biodiversité est confrontée à son effondrement accéléré […] et
pour la première fois de son histoire, l'humanité est elle-même menacée
dans son existence même, du fait des dégâts exponentiels et de plus en
plus ingérables dus au réchauffement climatique. » Réfléchir
à ce qui nous pousse à gagner plus d'argent au risque de détruire
davantage la Planète n'est pas anodin. C'est d'un projet de société
dont il s'agit lorsque la réflexion se porte à la fois sur les modes et
les moyens de productions ainsi que sur la finitude d'une vie
passée à courir après l'argent — surtout pour ceux qui en ont (très)
suffisamment.
Nous ne serions pas les premiers ni les seuls à désobéir à l'argent. Le deuxième chapitre, Petite histoire de la désobéissance à l'argent,
nous montre que depuis la nuit des temps, des femmes et des hommes ont
lutté contre l'argent, qu'il soit solide, liquide ou virtuel. Une
bataille qui a débuté par la fausse monnaie et se continue par des
expériences communautaires ou des approches financières différentes
telle que la monnaie franche ou fondante. Personne n'ignore que
voler aux riches pour donner aux pauvres est une forme légendaire (mais
aussi bien réelle) de désobéissance à l'argent. Des Robin des Bois, il
en existe de modernes et même parmi les banquiers. À l'instar Peter
Tabubinger, allemand de naissance, qui en 2007 « est condamné à deux ans et deux mois de prison pour avoir volé en cinq années 2,1 millions d'euros à ses clients les plus riches » pour reverser entièrement cette somme « à des gens dans le besoin ».
Un exemple abominable, selon la morale capitaliste financière, qu'on se
gardera de glorifier ici parce que répréhensible au regard de la loi,
mais dont on ne se privera pas de dire que pour une résistance et une
désobéissance au saint Artiche c'en est une radicalement efficiente. Un chapitre qui éclaire sur l'insoumission à l'argent et le combat acharné livré contre celui-ci au cours des siècles.
Le troisième chapitre intitulé Résister à la monnaie,
est une sorte de couteau-suisse à l'intention des apprentis
désobéissants. Un catalogue d'actions, toutes légales, dont peuvent
s'inspirer ceux qui souhaitent agir plutôt que subir la loi de
l'argent. « Un nombre croissant d'actions, diverses et
variées, visent aujourd'hui à domestiquer le pouvoir de l'argent, Elles
s'inscrivent dans la lignée des utopies (c'est-à-dire des projets non
encore advenus !) révolutionnaire... » Il faut entendre dans ce révolutionnaire,
susceptible de faire dresser l'oreille à certains et les cheveux à
d'autres, comme l'expression d'une volonté de changement face à un
immobilisme létal et à une soumission pusillanime. Ces
initiatives ont un point commun : elles favorisent l'échange et le
lien au détriment du bien. La gratuité étant certainement la forme la
plus aboutie de la lutte, celle qui inquiète le plus le système
capitaliste. SEL, SOL, monnaie fondante, systèmes de complément, autoréduction, banques alternatives,
etc. sont quelques-unes des options possibles. Tout comme il est permis
à chacun d'entre nous de contourner le marché et d'« éviter
d'enrichir les intermédiaires. Par exemple en achetant uniquement des
fruits et légumes de saison et de production locale pour combattre les
marges intermédiaires et réduire au passage les transports coûteux en
énergie. » Concrètement : ne plus mettre les pieds dans un supermarché — consommer local et durable. Les
résistances proposées dans ce chapitre ne sont pas hors-sol. Elles sont
applicables par le plus grand nombre. Il y en a suffisamment pour en
trouver une à la taille de son porte-monnaie et de sa conscience. Quant au quatrième chapitre, Des ressources pour aller plus loin, il recense livres et sites Internet pour aller plus loin si on le désire.
« L'argent
nous a volé la démocratie, son triomphe met la planète au bagne. On
peut choisir de s'en indigner... ou passer à l'action. » Ainsi s'achève Désobéir à l'argent. Passer à l'action... il suffit parfois d'une lecture pour nous y encourager. Ce livre devrait y contribuer activement.
Désobéir à l'argent, par les Désobéissants, coll. Désobéir, éd. Le passager clandestin
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