« Depuis une trentaine d'années, les dirigeants
des gouvernements des pays industrialisés organisent la dérégulation de
l'économie, la disparition du service public et le démantèlement des
systèmes de protection sociale. L'objectif : développer la
précarité pour faire baisser le coût du travail, augmenter la
rémunération des actionnaires à court terme, et réduire l'indocilité
structurelle des travailleurs. »
Dès le l'ouverture de ce nouvel opus de la collection Désobéir des éditions Le passager clandestin : Désobéir à la précarité, par le collectif Les Désobéissants, le ton est donné.
La
précarité n'est pas simplement le fait d'un mal vivre incombant à une
quelconque fatalité, mais bien le résultat d'une politique économique
qui trouve son intérêt dans ce déséquilibre social.
Désobéir à la précarité
est construit comme tous les titres de la collection, en quatre
parties. La première se propose de définir les formes de précarités
actuelles : le chômage, l'intérim et les CDD, le temps partiel,
les stages, le travail au noir, les vacations, les services à la
personne, les intermittents du spectacle, etc. Autant de précarités qui
infiltrent chaque jour davantage le corps social et qui sapent notre
société. « Les conséquences de ces diverses formes de
précarités sont redoutables et s'accumulent : instabilité des
revenus, instabilité du logement, instabilité du couple, difficultés
pour élever ses enfants, troubles alimentaires dus à une mauvaise
alimentation, santé qui se fragilise, conduites addictives... »
Ces nombreuses précarités, devenues le lot courant de beaucoup de Français, permettent de « maintenir une pression à la baisse très forte des salaires. » Elles sont aussi responsables de la destruction de notre environnement en favorisant le moins-disant écologique.
Le
second chapitre est un rappel de l'histoire de la désobéissance à la
précarité. Il recense les luttes dans différents secteurs, et les
actions menées pour combattre toutes les formes de précarité et
défendre les droits fondamentaux. Des mouvements qui ne demandent pas
le « toujours plus » des nantis, mais simplement la
reconnaissance et la garantie de besoins essentiels : se loger,
manger, circuler, communiquer. se chauffer, etc. Bref, des moyens de
vivre décemment.
La troisième partie, Agir, donne des
exemples de ce que peut-être l'action pour lutter contre la précarité.
Occupations d'agences pôle emploi, de CAF, des agences de coaching,
journées blanches, arrêts maladies, perturbations dans les lieux
d'emplois précaires, redistribution de nourriture dans les supermarchés
et d'autres encore. Dans tous les cas, l'union s'avèrera payante :
« L'essentiel est de ne pas rester seul... »
Enfin la dernière partie propose des ressouces pour aller plus loin, s'informer et s'armer contre la précarité.
Impossible de ne pas reprendre ici l'exergue de Désobéir à la précarité : « La vie, la santé, l'amour sont précaires. Pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » (Laurence Parisot, dirigeante du Medef, Le Figaro, 30 août 2005). Une
phrase qui, à elle seule, permet de se faire une idée de la conception
qu'ont certains chefs d'entreprise de la vie et sur leurs
ambitions ainsi clairement affichées. À vomir.
Désobéir à la précarité,
comme tous les ouvrages de la collection, est un petit manuel de
résistance individuelle et collective. Utile, militant, indispensable.
Désobéir à la précarité, par Les Désobéissants, coll. Désobéir, éd. Le passsager clandestin.
Pour en savoir plus : http://www.lepassagerclandestin.fr