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« L’essentiel de cet ouvrage est consacré […]
à expliquer comment, chose réellement surprenante, le
doute parvient à s’installer sur une réalité
validée par toute la science moderne et dont tant les chimistes
que les physiciens de l’atmosphère ne doutaient
déjà guère il y a un siècle. »
C’est ainsi que Stéphane Foucart, dans son introduction, présente son livre Le populisme climatique, sous-titré Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, paru aux éditions Denoël dans la collection Impacts.
Et c’est bien d'une enquête dont il s’agit. Une
traque des réseaux, des lobbies et des modes de
fonctionnement des climato-sceptiques, parmi lesquels l’auteur a
choisi de s’intéresser à deux figures
emblématiques : l’une connue, parce que
médiatique et haute en couleur, Claude Allègre ;
l’autre moins exposée mais très active, Vincent
Courtillot — tous deux savants de renommée internationale.
« Cette violence faite à la science […] a
principalement été en France le fait de deux
géologues : Claude Allègre et Vincent Courtillot. Leur
croisade climato-sceptique, forgée dans la tromperie, la
manipulation des données, l’intrigue et
l’instrumentalisation su scepticisme scientifique, a
trompé une part du public, des médias, de certains
intellectuels et responsables politiques. »
On le voit, dès les premières pages du livre, le ton n’est pas tendre.
Le populisme climatique
n’aurait pas d’intérêt s’il se
contentait de rester au niveau de la dénonciation sans apporter
les preuves de ce qu’il avance. Évidences que
l’auteur va pourchasser tout au long de l’ouvrage, mettant
à jour les pratiques et l’objectif principal des
climato-sceptiques qui est « la fabrication du doute » avec pour mécanique « le dénigrement des sciences, la diffamation des chercheurs ou simplement la négation des lois de la nature. »
L’exemple de Claude Allègre et Vincent Courtillot, tous
les deux directeur ou ancien directeur de l’Institut de physique
du globe de Paris — donc théoriquement instruits des
règles et des méthodes du monde des sciences —, est
représentatif du microcosme climato-sceptique. « La
somme d’erreurs commises à propos du réchauffement
par les deux hommes dans leurs interventions publiques est incroyable. » De là à penser qu’ « il ne s’agit pas d’erreurs fortuites » il n’y a qu’un pas...
Stéphane Foucart va s’appliquer à le franchir, démontant point par point ces erreurs, qui « sont
activement délivrées à l’opinion publique
pour discréditer les sciences du climat et forger du doute », et en expliquant les raisons.
Il est remarquable, en lisant Le populisme climatique,
de s’apercevoir (pour ceux qui en doutaient) que se sont les
mêmes chercheurs à travers le monde — ceux qui, par
exemple, ont été aux côtés des cigarettiers
ou bien ont minoré les dangers et les risques pour la
santé humaine de l’amiante — qui se trouvent
maintenant mêlés
à la stratégie des grands groupes transnationaux pour
dénigrer les travaux du GIEC ou des scientifiques
travaillant à l’explication du réchauffement
climatique, à la mise en évidence de la
responsabilité des activités humaines dans
l’emballement climatique, à l’élaboration
d’une politique de prévention et à la gestion
durable des ressources naturelles et de l’énergie.
En dix-huit chapitres, l’auteur nous entraîne dans la
nébuleuse climato-sceptique. La démonstration est
précise, quasi chirurgicale, et les recherches ainsi que la
documentation sont sans conteste un des atouts du livre.
« Fabriquer et propager le
doute. Démobiliser les opinions pour laisser aux
décideurs tout loisir de reléguer la question climatique
au second plan de leur liste des priorités. […]
Sans sombrer dans le conspirationnisme, il faut reconnaître que
des tentatives coordonnées de grandes entreprises,
généralement américaines, de fabriquer et
colporter du doute sur la question climatique sont bien
documentées depuis deux décennies. »
Car si un doute est bien levé, c’est lui des
intérêts financiers agitant le landernau des lobbies qui
agissent pour que la science soit aux ordres des marchands et des
spéculateurs. Plus généralement, me semble-t-il,
le climato-scepticisme est un épiphénomène du
capitalisme productiviste, comme l’est l’agriculture
intensive, le démantèlement des services publics ou le
nucléaire.
C’est toujours l’argent le moteur et le prescripteur.
L’argent qui veut contrôler et intoxiquer — et
« C’est la
démocratie même qui est prise en tenaille. Le lobbying
classique influence les élus ; le dénigrement public de
la science et la diffamation des chercheurs influencent
l’électeur. Ce ne sont pas les mêmes dollars qui
servent à l’un et à l’autre de ces objectifs.
Mais ils sortent des mêmes poches. »
Le populisme climatique est un ouvrage passionnant et passionné.
Les dispositifs qu’il met à jour, l’évidence
des manipulations qu’il dénonce, ainsi que la
démonstration de l’incroyable force de persuasion des
climato-sceptiques nous alertent et nous font toucher du doigt un
domaine sensible où la science, l’intérêt
général et la sauvegarde de la Planète sont en
jeu.
Même si certaines outrances, bonhomies et autres plaisanteries
bien senties d’hommes de sciences fantasques et
médiatiques peuvent parfois prêter à sourire,
n’en doutons pas un instant, les climato-sceptiques sont un frein
à l’urgence qu’il y a de réaliser que le
climat change et d'agir en conséquence.
Le populisme climatique – Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, de Stéphane Foucart, coll. Impacts, éd. Denoël
Pour en savoir plus : http://www.denoel.fr
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