| Aller sur la page
d'accueil de L'écologithèque.com |
![]() mise en ligne le 26 mai 2010 |
| Didier Harpagès auteur, avec Serge Latouche, de Le temps de la décroissance, dans la collection Troisième culture des éditions Thierry Magnier chroniqué sur L'écologithèque le 26 mai 2010 Didier
Harpagès, vous êtes l’auteur avec Serge Latouche
d’un essai intitulé Le temps de la décroissance,
paru aux éditions Thierry Magnier dans la collection
Troisième culture. Dans la courte présentation des
auteurs, il est écrit que vous êtes un objecteur de
croissance. En quoi cela consiste-t-il et pourquoi
l’êtes-vous devenu ?
Dans les années soixante dix, j’ai eu la chance de suivre les cours de Serge Latouche à l’Université de Lille. J’ai terminé mes études universitaires en préparant, sous sa direction, un mémoire de DES intitulé « Ecologie et Economie politique ». J’avais été sensibilisé aux contradictions du système économique. Serge insistait déjà fortement sur la perversité de l’économisme et les méfaits de la rationalité économique. La logique de l’économie (qu’elle soit libérale, marxiste ou keynésienne) ne pouvait pas, ne devait pas être celle de l’écologie. Près de trente ans plus tard, après quelques lectures d’André Gorz et de Serge Latouche notamment, j’ai repris contact avec l’écologie politique radicale et subversive. Le discours de la décroissance venait légitimement souligner les ambigüités et les incohérences du développement durable. La décroissance me séduisait et tout naturellement je me suis aperçu qu’il devenait nécessaire de faire objection à la logique de la croissance. Il conviendra donc de changer de modèle. C’est une révolution des idées et des pratiques qu’il faut envisager. Nous devons extraire de nos têtes certaines valeurs auxquelles nous nous référons et quelques normes encombrantes qui déterminent une partie de nos actions depuis longtemps. Les occidentaux défendent une conception du Monde qui se veut universelle mais ils se trompent. D’autres sociétés humaines ont ou ont eu un mode de fonctionnement différent de celui imposé par les sociétés occidentales. Si les sociétés traditionnelles, celles que l’on a qualifiées d’archaïques et plus tard de sous-développées, nous ont emboîté le pas c’est parce qu’elles n’avaient pas d’autres choix. Claude Levi Strauss l’avait très bien démontré au début des années cinquante. Avec la colonisation et aujourd’hui la mondialisation, le développement capitaliste a engendré une occidentalisation du monde. Nous devons rompre avec cette logique. Il nous faut donc procéder à ce que Serge Latouche appelle une décolonisation de nos imaginaires. Nous devons penser autrement, nous défaire de l’empreinte économique afin de ne pas oublier l’empreinte écologique. Nous ne devons plus raisonner comme le font les économistes. Refuser la compétition, la concurrence, la performance, l’efficacité, la recherche obsessionnelle d’une plus forte productivité et d’une plus grande production devient indispensable car nous savons qu’à ce jeu-là il y aura des perdants, des laissés pour compte, des naufragés de la modernité. De surcroît, la planète ne supportera pas le pillage incessant de ses ressources, elle est fatiguée, elle est usée ! Pourquoi avoir choisi le thème du temps pour fil rouge de votre essai. En quoi le temps a-t-il à voir avec l’idée de décroissance ? Le choix du temps a été réalisé conjointement par Guy Dreux, responsable de la collection Troisième Culture et nous-mêmes. Si nous analysons nos comportements quotidiens, nous voyons que le temps est à la fois ce que nous recherchons et ce que nous perdons. Pourquoi faut-il le rechercher ? Parce que nous voulons prendre le temps de vivre des instants de bonheur. Pourquoi le perdons-nous ? Parce que d’autres, d’impitoyables usurpateurs, s’en emparent impunément ? La concurrence qui règne sur les marchés n’est-elle pas une course incessante contre la montre, contre le temps puisqu’il s’agit d’être avant tout le monde, le meilleur, le plus innovant, le plus efficace, le plus compétitif ? L’opulence promise par Adam Smith ne doit-elle pas être généralisée rapidement à l’ensemble de la société ? L’accomplissement de ce projet ne va-t-il pas occasionner la recherche d’une plus forte puissance productive des travailleurs, et l’introduction du chronomètre dans l’entreprise ? Le fordisme ne va-t-il pas intensifier les cadences de travail et mettre fin aux temps morts ? Le toyotisme ne va-t-il pas introduire dans le cycle de production les flux tendus et le juste à temps ? Parallèlement l’homme n’arrêtera pas le progrès car il ne veut pas mettre fin au temps du progrès. Ne faudra t-il pas, pour maintenir l’expansion du capitalisme, réduire la durée de vie des produits en programmant leur obsolescence, augmenter la rapidité des transports et faire de la planète un village ? Cette course en avant aveugle se traduira par une exploitation sans limite de l’homme et de la nature. Produire plus et plus vite deviendra à la fois le symbole et le mot d’ordre le plus puissant d’une société de croissance. Face à cette logique infernale, il est urgent de ralentir cette impitoyable machine et laisser au temps de la décroissance l’opportunité de s’installer. Sur quel plan se place le projet décroissant ? Est-ce seulement un retour en arrière, ce que certains se plaisent à caricaturer comme un retour à l’âge de la bougie, ou bien une solution possible aux maux qui s’annoncent pour la Planète et ses habitants ? Comment expliqueriez-vous le plus simplement possible ce qu’est la décroissance en pratique ? Il ne s’agit pas, bien entendu, de revenir à l’âge de pierre mais de prendre conscience qu’il y a urgence. La croissance n’est-elle pas, d’une certaine façon, une utopie dans la mesure où ses partisans laissent entendre que l’humanité pourra disposer encore longtemps d’un stock infini de ressources et que le progrès technique nous apportera les bonnes solutions à tous nos problèmes ? Beaucoup demeurent fidèles à cette croyance : on n’arrête pas le progrès ! En revanche, la décroissance nous remet les deux pieds sur terre, nous replonge dans la réalité et nous redonne l’espoir d’inventer un avenir où les relations sociales retrouveront toute leur force face à une abondance de biens accumulés bien souvent de manière obsessionnelle et superflue. Selon moi, la décroissance est un appel à la prudence, à la vigilance, à la dissidence et à la résistance. N’attendez pas de l’objecteur de croissance qu’il vous propose un livre de recettes ou de pratiques « clé en main ». En vérité, tout doit commencer par une désintoxication : il faut se débarrasser de la religion de la croissance. La remise en question est donc, dans un premier temps, personnelle et cela peut nous amener, évidemment, à adopter des conduites responsables, raisonnables, de faire en quelque sorte des gestes utiles. Il serait irresponsable de gaspiller quotidiennement les différentes ressources mises à notre disposition pour vivre, de consommer sans retenue, de ne pas surveiller notre alimentation, de ne pas réduire nos déchets, de préférer en toutes circonstances l’automobile aux transports en commun. Cela constitue un premier pas nécessaire. Mais il ne suffit pas d’être un consomm’acteur (expression à la mode !) car le chemin qui nous mène vers la société de décroissance est long. Cependant, on peut l’emprunter avec détermination et bonne humeur. Une chose est certaine, nous ne pouvons pas cheminer seuls. La rencontre d autrui peut passer par la lecture. Des auteurs comme André Gorz, René Dumont, Serge Latouche, Nicolas Georgescu Roegen, Ivan Illitch, Cornélius Castoriadis, Paul Aries, François Brune, Hervé Kempf… me paraissent incontournables. Nous avons évoqué dans «le temps de la décroissance» quelques initiatives heureuses et conviviales qui s’inscrivent dans la logique de la décroissance : Les services d’échanges locaux, les AMAP, les monnaies locales, les sociétés coopératives, les écoquartiers, les villes en transition… Il serait souhaitable que ces expériences construites sur la base d’actions collectives se multiplient puisqu’elles mettent l’accent sur la relocalisation ou la reterritorialisation de l’activité humaine. Il convient également de se réapproprier les enjeux politiques. L’engagement, dans ce domaine, peut être celui des élus (et il est respectable) mais n’oublions pas que le citoyen est aussi un centre de décision autonome relié à d’autres citoyens. L’action dans le milieu associatif est de ce point de vue exemplaire. N’est-il pas urgent de changer de modèle de société ainsi que de culture ? La décroissance peut-elle agir efficacement dans un monde dominé par le capitalisme productiviste ? Y-a-t-il une place pour les objecteurs de croissance dans une société du « toujours plus » et de la vitesse ? Nous avons notre place dans une société prétendument démocratique bien que l’opinion majoritaire y exerce évidemment une tyrannie féroce. Mais nous devons creuser notre sillon avec conviction. Nous sommes minoritaires et les forces politiques les plus influentes caricaturent notre discours, le dénaturent sans aucun doute parce que nos propos et propositions dérangent. Ces braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ! La décroissance est ainsi présentée comme l’équivalent de la récession synonyme de misère pour ne pas dire de chaos ! Il convient évidemment de distinguer la décroissance subie de la décroissance choisie ! Nous défendons, par exemple, le principe du travailler moins pour vivre mieux et nous rejetons le slogan libéral bien connu : travailler plus pour gagner plus. Dans ces conditions, comment agir efficacement contre le capitalisme productiviste ? Le charbon, le pétrole, l’électricité concurrencent le travail de l’homme. L’énergie accessible et bon marché est, de par sa nature, l’ennemie de l’emploi car elle a très vite permis de substituer le capital, les machines alimentées par cette énergie, au travail. Dans l’agriculture, le tracteur a remplacé l’animal et vidé les campagnes de leurs paysans. Il faudra, dans ce secteur d’activité comme dans ceux de l’industrie et des services, réduire la productivité afin de promouvoir des emplois plus manuels et locaux. Nous n’aurons pas le choix puisque l’époque du pétrole bon marché est bientôt terminée. Nous devons expliquer qu’il est possible, dans ces conditions, de créer des emplois sans croissance. Un professeur d’économie de bonne foi peut aisément le démontrer ! Mais il ne faudrait pas que la restauration d’emplois moins productifs et plus nombreux s’accompagne de conditions de travail inhumaines comme celles décrites par Marx ou Zola. L’homme de la décroissance (puis-je dire le travailleur de la décroissance ?) doit retrouver toute sa dignité et ne plus souffrir sur son lieu de travail. Chez Ardelaine ou Ambiance Bois, dont nous parlons dans le livre, les associés maîtrisent le développement de leur entreprise (il faut savoir ne pas grandir) et font un partage raisonné, réfléchi, discuté collectivement de l’activité et du loisir. Que signifie « Plus de liens moins de biens » ? La théorie économique néo-classique présente l’homme sous la figure de « l’homo oeconomicus », égoïste, rationnel, calculateur, avide de biens matériels et cupide. Qu’il soit entrepreneur ou consommateur, il devra dans un monde économique dominé par le marché naturalisé, adapter objectivement son action au but poursuivi lequel se présente exclusivement sous la forme d’une maximisation de ses satisfactions. Tout est ainsi mesuré, calculé, enfermé dans la logique de la comptabilisation et de la rationalisation. Max Weber a démontré que la dictature du principe de rationalité donnera naissance à la bureaucratie au sein des sociétés modernes. Une production abondante pourra ainsi s’épanouir pleinement dans des entreprises bureaucratisées et rationnellement organisées. Ford en donnera une illustration éclatante. De leur côté, les rapports humains, faits de doute, de passion, de spontanéité, d’incertitude voire de fantaisie et de gratuité s’étiolent car l’obéissance à la logique de l’efficacité est de rigueur C’est le désenchantement du monde. Eh bien nous devons le réenchanter et proclamer par exemple le droit à une certaine paresse!! La réduction du temps de travail, que j’évoquais précédemment, nous donnera l’opportunité de nous tourner vers les personnes qui nous sont chères, nos parents, nos enfants, nos amis, nos voisins. L’action citoyenne, l’engagement politique, la vie associative, le bricolage, le jardinage, l’autoproduction en général, la lecture, la peinture, la méditation, la réflexion religieuse ou philosophique seront restaurés. Nous passerons moins de temps à produire, notre consommation sera centrée sur l’essentiel et les relations sociales seront plus authentiques, plus conviviales, plus durables. Nous disposerons de moins de biens mais nous tisserons de nouveaux liens. Les décroissants ne sont-ils pas des « anti-économistes » ? Peut-on être pris au sérieux dans un système économiste amoral, c’est-à-dire hors de la morale, qui n’a qu’un but : le profit immédiat ? J’ai dit précédemment que la croissance est, d’une certaine façon, une utopie. Il s’agissait, bien entendu, de montrer l’absurdité de l’idéologie de la croissance. Etre utopiste, pour le dire simplement, c’est avoir raison avant les autres. Est-ce prétentieux ? C’est possible ! Chez les objecteurs de croissance, se retrouvent deux grandes familles. Celle des écologistes, focalisés sur la vie des écosystèmes, est préoccupée par la crise écologique. Celle des économistes et des sociologues critiques analyse plutôt les crises sociale et économique. La décroissance les a réunis logiquement puisque les deux composantes de l’homme, naturelle et culturelle, sont indissociables. L’écologie est devenue politique et les objecteurs de croissance qui s’en réclament sont des utopistes qui nagent obstinément à contre-courant pour espérer un jour, sans pression idéologique violente, avoir raison avec les autres. L’opinion minoritaire sera devenue majoritaire. Nous devons être nombreux à cheminer sur la route de la décroissance ! Vous me demandez si l’on peut être pris au sérieux lorsque l’on dénonce la logique du profit immédiat. Marx ne l’a-t-il pas fait ? N’a-t-il pas réalisé la critique la plus sévère et la plus pertinente du capitalisme ? Considère t-on que ses écrits sont sans importance ? Ne fut-il pas pris au sérieux ? Gilbert Rist comme Serge Latouche ont dénoncé « l’économicisation » du monde, c'est-à-dire la dictature exercée par les préoccupations économiques. Faire la critique de la croissance est nécessaire mais ce n’est sans doute pas suffisant. Il faut aller au-delà de la croissance, au-delà du développement (qui sont deux parties complémentaires d’un même ensemble) et faire la critique de la science économique. Une autre désintoxication, une autre démarche utopique proclamée et réclamée par ces deux auteurs. Les échanges internationaux, le tout numérique, la «financiarisation» de l’économie, les transports, l’emballement général de nos modes de vie laissent-ils le temps à la réflexion ? Notre subjectivité n’est-elle pas prise en otage et ne nous sommes-nous pas finalement contraint de nous acclimater à une mondialisation inéluctable ? Je reviens sur la notion de dissidence. C’est l’accès à l’information parallèle (celle qui se décale de l’offre des grands médias) qui nous rendra plus vigilants et nous serons logiquement amenés, même si la décision est parfois douloureuse ou délicate, à faire le pas de côté, à nous démarquer. Je reprendrai volontiers une citation d’Alain Accardo : « l’essentiel pour le système, c’est que l’immense majorité de sa population, étroitement conditionnée, communie spontanément dans une culture où le marketing des désirs solvables a progressivement substitué le devoir de se faire plaisir au plaisir de faire son devoir. »(Le petit- bourgeois gentilhomme). Je me méfie d’un certain pragmatisme évoqué très régulièrement par les dirigeants politiques relayés par une grande partie de la presse. Dire, par exemple, qu’il faudra travailler plus longtemps pour percevoir une vraie retraite, nous répéter inlassablement que nous devons nous adapter à la mondialisation bon gré mal gré, que nous n’avons pas le choix, qu’il faut « faire avec » c’est déjà nous détourner de toute explication, c’est nous empêcher de prendre le plaisir de faire son devoir, c’est anesthésier notre sens critique ! L’objecteur de croissance ne peut pas se laisser séduire par les apparences, il ne peut s’exonérer de comprendre, tant bien que mal, le fonctionnement du monde. Il ira ainsi se glisser derrière les discours officiels afin d’y découvrir leurs origines et de les démystifier. Cette démarche intellectuelle exige une radicalité qui nous achemine inéluctablement vers la dissidence et la résistance. La simplicité volontaire, la sobriété choisie, la valeur d’usage, la prise en compte des besoins plutôt que des envies, la relocalisation sont autant de possibilités qui nous sont offertes de nous réapproprier notre destin et plus particulièrement notre vie. La décroissance n’est-elle pas simplement le moyen de redevenir des hommes qui «agissent» plutôt que des hommes qui « subissent » ? N’est-ce pas, davantage qu’un projet politique ou économique, une nouvelle philosophie de la vie qu’il va falloir essaimer ? Je suis tout à fait d’accord. Nous réclamons une diminution du temps de travail afin de récupérer le temps dont nous avons été dépossédés. Mais il conviendra de faire bon usage de ce temps libéré. Est-ce aussi simple ? Nous savons que les forçats du travail qui n’ont jamais « compté leurs heures » se retrouvent désemparés pour ne pas dire dépressifs lorsque l’heure de la retraite a sonné. C’est, de toute évidence, durant la période d’activité qu’il faut commencer à ralentir et lutter contre le productivisme. C’est précisément l’enjeu de cette nouvelle philosophie de la vie que nous devons appeler de nos vœux. Quant au projet politique et économique, je crois l’avoir évoqué. J’ajouterai simplement que nous ne pouvons plus reproduire à l’infini notre modèle de consommation et de production en faisant « comme si » les pollutions de toute nature n’étaient qu’une vue de l’esprit et le dérèglement climatique un gadget électoral. Nous ne pouvons plus nous débarrasser et nous lasser du débat politique, oublier l’urgence d’une réappropriation des enjeux démocratiques « en faisant comme si » l’engagement citoyen et responsable n’appartenait qu’aux élus. Réapprendre la lenteur et « penser au rythme de ses pas » n’est-ce pas devenu l’urgence ? Que diriez-vous à ceux qui pensent n’avoir pas le temps ? Comment faire comprendre conscience que la décroissance peut-être « joyeuse » «voulue» et « libératrice » ? Je l’ai dit déjà : nous devons nous désintoxiquer. Autour de moi, certaines personnes décident de travailler à temps partiel. C’est une démarche louable et même indispensable pour retrouver le temps de vivre. Je suis enseignant et je refuse, par exemple, de faire des heures supplémentaires pour préserver des emplois mais aussi pour ne pas me laisser submerger par le travail. Des collègues adoptent une attitude identique. C’est généralement lors du décès d’un proche ou d’un grave problème de santé que nous prenons plus facilement conscience de notre fragilité, nous ne sommes que de passage sur terre. La course folle du travail, de la consommation voire de la surconsommation nous dirigent vers un mur. C’est le médecin qui nous invitera à ralentir notre rythme de vie. Par ailleurs si la décroissance est subie, nous serons, de toute évidence, victime d’un pouvoir totalitaire. Une dictature écologique n’est pas souhaitable et les objecteurs de croissance s’y refusent évidemment ! Et il ne faut absolument pas que l’écologie soit le moteur de la croissance. Qu’elle soit rouge ou verte, celle-ci demeure intenable ! L’un des traits marquants de nos sociétés est l’individualisme, le repli sur soi. « Je vois, disait Tocqueville en 1835, une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres […] Quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point. (De la démocratie en Amérique) Prenons donc les affaires en main, engageons-nous, même modestement selon nos disponibilités, faisons « notre part » et refusons de collaborer conscienseusement à l’ordre établi. Les psychologues nous diront que le bonheur est étroitement lié à la qualité des liens sociaux. Alors ! Qu’attendons-nous ? Enfin, et plus personnellement, pouvez-vous nous dire ce que votre engagement en tant qu’objecteur de croissance a changé dans votre vie quotidienne ? Curieusement, cet engagement me prend du temps (nous revenons à cette obsession !) et il m’est parfois difficile de combiner pleinement ma vie professionnelle, ma vie familiale (nous devons parler avec nos enfants !) les lectures, un peu d’écriture (le livre n’est pas très épais et nous nous sommes partagés ce travail, que dis-je cette activité !) et les quelques interventions faites en public. Mais j’éprouve un réel plaisir dans la mesure où ces différentes démarches se complètent. Préparer un repas avec ma compagne et pour mes enfants c’est déjà se positionner dans un certain environnement naturel (le jardin ) dans une relation sociale (le producteur du marché plutôt que le supermarché) c’est prendre le temps de laisser la chaleur du four assurer lentement la cuisson de la volaille, c’est surveiller son alimentation et sa santé (le budget de la sécurité sociale est moins sollicité) , c’est trouver le plaisir de manger tranquillement et de discuter, d’échanger nos points de vue sur ce que nous lisons, les uns et les autres, ou sur ce que nous entendons sur les ondes. Nous avons retrouvé le plaisir de faire le pain nous-mêmes (sans machine, à l’aide d’un levain bio). Nous sommes adhérents d’une AMAP et nous avons créé une modeste association de consommateurs qui distribue des produits bio et locaux et là encore nos enfants y sont associés. Il me paraît essentiel d’être le plus cohérent possible avec soi-même bien que je sois, comme beaucoup, sous la pression du système et difficilement à l’abri des contradictions. Pour réagir à l'interview, laissez vos messages à : itw@ecologitheque.com, ils seront publiés après modération. |

L'écologitheque.com by L'écologitheque est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.

