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« Il
faut donc d’abord décoloniser nos esprits de l’économie de la mine
infinie et de la poubelle jamais pleine, de l’inflation qui annulera la
dette et de la consommation comme moyen et but unique d’une politique
de bien-être. » Et Hervé Morel — l’auteur de La France surendettée ? sous-titré Une réponse écologiste, aux éditions Les Petits matins — de proposer une stratégie écologiste de réduction de la dette, autour de quatre axes qu’il définit comme étant « l’économie circulaire », « la dynamique vertueuse des services de proximité », celle du «vivre ensemble » et enfin « le choix des investissements verts ». Mais
avant d’en arriver à ces propositions dans la cinquième partie de son
essai, Hervé Morel prend le temps d’expliquer et de démonter les
machines à fabriquer du déficit public. Quatre chapitres où l’extrême
complexité technique de la finance, et plus particulièrement de la
dette, est abordée d’une manière originale.
La phynance,
comme la nommait Alfred Jarry, est une pompe compliquée. L’actionner
n’est pas à la portée de tout le monde. Raison pour laquelle le citoyen
a tendance à la laisser entre les mains d’experts mandatés, s’en
désintéressant essentiellement parce qu’il n’y comprend rien — moi y
compris. L’essai La France surendettée ?
a ceci de remarquable qu’il nous permet d’entrer dans ce pré carré pour
énarques et économistes sur-diplômés sans nous en dégoûter — mieux, en
nous passionnant. Des sujets aussi « funs » que les Roce, spread and bêta, le grand J de la vulgate keynésienne, les Assol et Apul et autres joyeusetés économico-financières n’auront plus de secret pour le lecteur. Au passage Pierrette et le pot au lait servira de médium pour nous faire comprendre que la finance c’est du risque. Bref,
la phynance « traduite » de cette façon dévoile des charmes
qu’un lecteur lambda tel que moi ne lui connaissait pas. La dette
publique ainsi abordée n’est plus ce gouffre insondable que nous
contemplons du haut de nos impôts ou, pour les plus chanceux et souvent
les plus riches, de nos niches fiscales (des cadeaux gouvernementaux
faits aux foyers aisés dans l’espoir d’un ruissellement hypothétique
des richesses) — grottes douillettes d’Ali Baba pour bobos friqués. Hervé
Morel, professeur affilié à HEC, a un don, celui du pédagogue. Il est
capable non seulement d’expliquer, de montrer mais aussi d’intéresser.
Dans
les quatre parties précédant le chapitre de la stratégie écologiste
(qui à lui seul vaut qu’on lise ce livre), l’auteur assoit son analyse
et développe les prémices de sa politique économique de lutte contre le
surendettement public. Pimentant çà et là sa démonstration d’idées et
de solutions « radicales » telles que : « Prenons
le temps d’imaginer que les cotisations sociales ne soient pas un
pourcentage des salaires mais proportionnelles aux kilomètres parcourus
par les camions qui apportent les matières premières ou livrent les
produits finis. » Lumineux. J'en connais qui vont piquer une colère… Et de continuer : « Cela
ferait un monde où il y aurait moins de zigzag de marchandises et plus
de service de proximité, un monde où il y aurait moins de biens et plus
de liens. » J'applaudis. La France surendettée ? est
une pépite. Non seulement le lecteur comprend, digère et réfléchit,
mais il dispose des « armes » utiles pour ré-agir et adapter
son comportement face au problème de la dette. Par exemple, user de son
pouvoir d’achat et de son épargne comme des moyens de pression :
« Nous avons l’habitude
d’utiliser notre bulletin de vote pour influer sur la société. Depuis
quelques décennies, nous considérons que nos achats peuvent avoir un
poids et faire de nous des consom’acteurs. Une étape nouvelle est
devant nous : faire de notre épargne un levier d’action. »
J’ai
pris la mauvaise habitude de corner les pages intéressantes d’un livre
et d’encadrer au crayon les phrases et les paragraphes qui me semblent
les plus pertinents. Pour ce qui concerne le chapitre 5 de La France surendettée ?, intitulé Une stratégie écologiste,
pratiquement pas une page n’échappe à ce traitement. Cette partie est
d’une telle intelligence de vue, d’une telle force de proposition et
d’une telle lucidité que je ne peux qu’espérer qu’elle trouve un écho
chez nos futurs gouvernants (pour les actuels…). Hervé Morel voit
juste. La dette publique peut et doit être endiguée. Certainement pas
en faisant des cadeaux fiscaux aux plus riches comme c’est le cas
actuellement. Les solutions apportées doivent être passées au crible de
l’écologie. Notamment parce que la stratégie écologiste prend en compte
tous les facteurs — économiques, sociaux et environnementaux. L’écologie
ne se cantonne pas seulement, comme l’aimeraient certains, à
l’observation de petits zoziaux dans la verte prairie. L’écologie est
une conception équilibrée et durable du monde et de la société. La
réponse écologiste à la dette publique, telle que la présente Hervé
Morel, est non seulement envisageable mais souhaitable — et c’est
assurément une réponse démocratique.
La France surendettée ? est
le livre qu'il faut lire pour enfin comprendre ce qu'est la réalité de
la dette publique en France, et comment les propositions écologistes
dans ce domaine apportent non seulement des réponses techniques mais
surtout respectueuses de la Planète et de ses habitants.
La France surendettée ? Une réponse écologique, d’Hervé Morel, éd. Les Petits matins
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