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L'écologithèque.com
CHRONIQUE LIVRE
du 12 mai 2010




« Mon projet est de définir une notion soutenable du soutenable. Ce sera essentiellement une pratique de la simplicité personnelle et une recherche de la simplification des voies de l’action. L’acteur de cette pratique ne peut-être que chacun de nous, non pas dans l’isolement ni même dans l’autonomie d’un individualisme de principe, mais dans la consistance d’un soi capable d’action et de responsabilité. »
Développement durable : un avenir à faire soi-même, de Michel Puech dans la collection Mélétè des éditions Le Pommier, est un livre clair, étonnant, dérangeant, prometteur, agaçant, déroutant, motivant et davantage encore. En le lisant, j’ai eu l’impression déstabilisante de m’y retrouver et de m’y perdre. L’auteur  n’épargne ni les symboles ni les « faux acteurs » du développement durable.
Après avoir rappelé les origines du développement durable, il articule son analyse autour de quatre « couleurs » : le rouge de l’urgence, le vert de l’écologie enchanteresse, le gris des institutions et enfin l’arc-en-ciel des technosapiens soutenable dans lequel il expose sa vision de ce que serait pour lui un monde soutenable et les moyens pour y parvenir.
Le postulat de départ est manifeste : « … notre environnement ne se contente pas de nous “environner", il nous soutient, il conditionne notre existence. »

La rhétorique de l’urgence (le rouge).
« Je crois que le sophisme de l’urgence, présent dans de nombreuses argumentations du développement durable, nous éloigne des bonnes questions. […] En cédant à la rhétorique de l’urgence, nous reconduisons le système qui nous a empêchés de voir où nous allions. »
Michel Puech avance que le durable est devenu une urgence afin de brouiller notre conscience et éviter que nous remettions en cause les réalités instituées, celle des gouvernants et des pouvoirs en place. L’urgence réelle serait en décalage avec l’urgence officielle : celle de tout faire pour que rien ne se fasse. Groupes de réflexion, Grenelle de l’environnement, effets d’annonce, commissions, experts mandatés, autant de manière de noyer le poisson et d’aboutir à des « mesurettes » souvent réduites à l’élément fiscal, telle que la Taxe carbonne. L’apparence d’activisme que se donne les « autorités » dissimule leur véritable nature conservatrice.
Plutôt que l’urgence, Michel Puech préconise l’importance. L’important n’étant pas obligatoirement urgent, il convient de mieux penser pour mieux agir. Il est urgent d’établir des priorités d’autant plus que « ce qui est réellement important et soutenable souffre aujourd’hui d’un grave défaut : ne pas être politiquement correct, ne pas être “présentable” dans cette aberrante logique de discours consensuel où tout le monde est d’accord sur les urgences… tant qu’on ne fait rien. »

L’écologie enchanteresse (le vert).
Michel Puech propose de « désenchanter » l’écologie et remarque à juste titre que l’écologie néglige les notions de frugalité de simplicité et de réduction de la surconsommation. Les bons déchets sont ceux qu’on ne produit pas. La bonne énergie est celle qu’on ne consomme pas. À croire que la simplicité est trop complexe pour certains grands esprits qui se disent écologistes.
L’écologie aurait aussi une fâcheuse tendance à se donner en spectacle pour le plus grand bénéfice des pouvoirs constitués. « … l’enthousiasme contre-productif des militants convient parfaitement aux pouvoirs en place. Tant que l’affrontement entre gouvernants et militant fait spectacle, peu de place est accordée à la pensée et encore moins à l’action qui suit la pensée. »
L’auteur démystifie l’écologie, la rend plus concrète et plus prêt de l’essentiel, de l’important, comme par exemple le réapprentissage des processus de la vie ou l’insertion des produits des activités humaines dans le cycle de la Nature.
C’est de culture dont il faut changer, de modes de vie et de production. Il faut aller vers une coévolution, agir et accepter nos responsabilités.

Les institutions en question (le gris).
« Le fond de l’affaire n’est pas la récupération économique, mais la récupération  politique. L’émergence d’un écopouvoir […] peut être considérée comme un échec stratégique de l’écologie : critique au départ des technostructures, elle a fini par se laisser absorber (engluer) par elle. »
Michel Puech interroge la notion de gouvernance. L’institution bureaucratique a toujours pour objectif de perdurer et d’augmenter son pouvoir. Peut-on lui faire confiance ? Est-elle apte à répondre au défi du développement soutenable ? L’auteur ne le pense pas : « L’idée que les institutions internationales sont à l’origine d’une catastrophe économiste et que leur légitimité doit être remise en question fait son chemin. » Plus loin on peut lire : «L“économicisation” est la perte de sa réalité, tout simplement.»
La « microaction » est une prise de conscience de l’individu de sa responsabilité et que l’essentiel ne doit pas être délégué. Le développement soutenable est l’affaire de chacun. La puissance de l’action individuelle est à opposer à l’inaction institutionnelle. C’est elle qui fera du soutenable une réalité.

Technosapiens soutenable (l’arc-en-ciel).
Dans ce chapitre Michel Puech développe son analyse, l’affine et en vient à proposer non pas des solutions pré-mâchées mais un éventail de possibilités pour que le développement soutenable ne soit plus une notion creuse et abstraite mais bien le levier d’un monde durable, équitable et coévolutif. « Essayons de “penser en dehors de la boîte”. Le simple est en dehors de la boîte à solutions habituelle. »
Voici quelques-unes, parmi de nombreuses autres,  des réflexions et des propositions de l’auteur:
« Méditer sur le simple est la priorité pour notre civilisation  de la puissance et de l’abondance. »
« Modifier les modes de vie, les modes de production et de consommation au niveau des individus et des collectifs, pour sortir de l’industrialisme. »
« La réappropriation des espaces communs projette les capacités de la personne individuelle vers un collaboratif global. »
« Pour le consommateur, l’écologie industrielle doit se concrétiser aussi par la production de produits  conçus pour durer, qu’il est possible d’entretenir et de réparer. »
« La réhabilitation philosophique des notions de satiété (avoir assez) et de frugalité (maîtriser ses besoins) est une nécessité. »

Développement durable : un avenir à faire soi-même est un essai remarquable qui ne ménage pas le lecteur. Aucun sujet, même tabou comme la dénatalité, n’est laissé de côté. L’auteur s’applique à démonter les rouages qui font que le développement durable est devenu une coquille vide, mais pas pour tous — notamment les institutions, les publicitaires, la société productiviste et industrielle qui y trouve l’objet d’un nouvel « essor » économique ou l’outil de renforcement de son pouvoir.
La soutenabilité n’est pas une marchandise de plus sur le marché international. Le soutenable est certainement notre unique chance de « changer le monde » et de nous changer nous-même. Chacun peut et doit se sentir responsable envers la Planète et ses habitants de ses actions et de son comportement.  Ce n’est ni de la morale ni une mode — c’est vital.
«  La révolution du soutenable prend son origine dans l’humilité et l’ambition en même temps : tout changer en se changeant soi-même. »

Développement durable : un avenir à faire soi-même un livre important à lire… d’urgence.


Développement durable : un avenir à faire soi-même, de Michel Puech, col. Mélétè, éd. Le Pommier

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