« S'engager dans une époque obscure, ce n'est pas
réaliser un programme, mais chercher, en situation et selon des voies
multiples voire contradictoires, dans tous les cas conflictuelles,
comment dépasser ce mythe de l'individu qui nous plonge dans
l'impuissance et nous soumet à l'utilitarisme de la postmodernité. » Ainsi peut se définir, selon Michel Benasayag et Angélique Del Rey — les auteurs de De l'engagement dans une période obscure, paru aux éditions Le passager clandestin —, la notion d'engagement. Un
engagement pour lequel il convient de dépasser « l'individu » devenu un
mythe. Une croyance qui nous fait croire que celui-ci est le sujet de
l'agir, le carrefour tout autant que le moteur de l'action, entraînant
dans son sillage ce que les auteurs nomment une époque obscure.
« Légué
par la “fin des idéologies”, le problème de l'engagement pourrait être
formulé de la manière suivante : comment comprendre et agir sur le
monde sans cette sacralisation du social qui caractérisa et caractérise
encore l'époque de l'homme ? » Les meilleures choses se
méritent. Le livre de Michel Benasayag et de Angélique Del Rey en est
une. Il demande au lecteur une attention de tous les instants. Lire De l'engagement dans une période obscure
n'est pas aisé, dans le sens où le texte manipule idées et concepts
parfois difficiles à saisir d'un premier abord. Il faut y revenir,
approfondir et ce donner le temps. Heureusement, le découpage en
chapitres courts incite à la relecture, ainsi qu’à une méditation sur
l'engagement, ses lieux, ses raisons et ses moyens.
Pour les auteurs, il s'agit d'en venir à un engagement-recherche.
Un engagement qui prend en compte le monde tel qu'il est, telle qu'est
sa complexité. L'engagement-recherche est libéré de la croyance d'un
monde à venir, de lendemains qui chantent. Sa motivation il la trouve
dans l'ici et le maintenant. Il est aussi lié au modèle qu'il s'est
choisi, la complexité du monde et sa compréhension. « La
légitimité de l'engagement n'a pas besoin de prophètes, bénissant
l'aujourd'hui au nom du demain. Les asymétries de chaque situation sont
à repérer dans des actions et des enquêtes dans lesquelles personne ne
promet rien à personne ; et aussi désirable que spit le dépassement des
injustices actuelles, les situations futures entraîneront sans doute de
nouvelles injustices. Permanence de la lutte ? Certes, mais au même
titre que la permanence de la vie... »
Dans leur
engagement-recherche, les auteurs font preuve d'un désir vital. Un
appétit qui fait leur force et convainc peu à peu le lecteur que leur «
combat » n'est pas un engagement transcendant mais au bien contraire un
engagement immanent qui ne promet rien mais qui cherche à répondre aux
défis du monde et de l'époque. « L'engagement dans une
époque obscure ne peux se faire qu'à ce prix : renoncer à la volonté de
transparence et de cohérence qui a fondé le grand processus de la
modernité occidentale. Au nom d'une rationalité plus complexe, et parce
que telle est la condition de la reterritorialisation de nos modes de
pensée et d'agir. »
De l'engagement dans une période obscure, est un livre complexe et structurant.
De l'engagement dans une période obscure, de Michel Benasayag et Angélique Del Rey, éd. Le passager clandestin
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