« … les changements de
l’environnement, graduels ou abrupts, vont engendrer des ruptures
d’équilibres naturels, ruptures qui vont se traduire par
une série d’impacts physiques. Ceux-là vont ensuite
avoir des conséquences sur des ressources naturelles,
entraînant des bouleversements importants pour les
sociétés humaines. »
Ce constat de Laurence Tubiana, François Gemenne & Alexandre Magnan — auteurs de Anticiper pour s’adapter sous-titré Le nouvel enjeu du changement climatique, dans la collection Les Temps qui Changent
des éditions Pearson — n’est pas seulement une
façon de nous alerter sur les risques encourus, mais c’est
avant tout la raison principale pour laquelle il est urgent
d’anticiper ce bouleversement, simultanément aux efforts
de prévention et d’atténuation qui sont la partie
la plus visible et médiatisée de la lutte contre le
changement climatique.
Changement (il n’est jamais inutile de le préciser)
dû incontestablement aux activités humaines depuis
plus d’un siècle, ainsi qu'au modèle de société marchand et dévastateur
(tant humainement qu'écologiquement) que prône le
capitalisme productiviste : une course mortelle à la croissance
définie comme paradigme économique (le toujours plus pour le bientôt plus rien…).
« Qu’est-ce que l’adaptation ? » Question initiale posée dès la première ligne de leur livre par les auteurs de Anticiper pour s’adapter.
Une première définition est
apportée, permettant une approche relative de ce nouveau
concept, qui jouera à court terme un rôle décisif
pour ce qui concerne l’action collective face au changement
climatique : « La
définition officielle la plus consensuelle que l’on
connaisse est fournie par le Groupe intergouvernemental d’experts
sur l’évolution du climat (GIEC) […] [l’adaptation est] un
“ajustement des systèmes naturels ou des systèmes
humains face à un nouvel environnement ou un environnement
changeant”. […] il s’agit de veiller à ce que son impact sur les sociétés soit aussi faible que possible. »
Les modifications climatiques percuteront les
sociétés humaines de front — notamment les
populations les plus faibles, les moins « riches » et les
plus sujettes aux variations du climat.
Anticiper pour s’adapter nous fait découvrir ce nouvel enjeu qu’est l’adaptation.
Mais l’adaptation n’est possible que par la prise en compte
de la réalité des risques environnementaux. La
capacité que nous aurons à prendre conscience de ces
nouveaux enjeux — qu’ils soient d’atténuation
(et l’on voit par exemple combien, par le jeu du système
économique global, la simple volonté de réduire
les émissions de gaz à effet de serre se heurte au
pouvoir de l’argent et des lobbies industriels transnationaux,
plus soucieux de leurs comptes bancaires que de l’avenir de la
Planète et des générations futures) ou
d’adaptation (qui suppose une ouverture d’esprit et une
faculté de novation qui semblent très
éloignées des potentialités de réflexion et
de prise en compte de l’intérêt
général de trop nombreux gouvernants et décideurs,
plus tentés par des profits immédiats) — cette
capacité donc, sera la condition sine qua non de la qualité de vie (si ce n'est la survie selon les plus pessimistes) de l’humanité.
En trois parties, les auteurs de Anticiper pour s’adapter
s’attachent à expliquer ce qu’est
l’adaptation, son objet et la manière de la mettre en
œuvre. Comment elle est une « stratégie complémentaire à l’atténuation, et non concurrente. »
L’adaptation dépend de nombreux facteurs mis en
évidence dans l’ouvrage. Tels que, par exemple, la
vulnérabilité, qui est « l’état de relative fragilité d’un territoire et/ou d’une population »
ou encore sa place dans les négociations internationales et son
rôle immédiat auprès des populations locales :
« …
l’érection de digues, le renforcement des infrastructures,
le déploiement de variétés agricoles
résistantes à la sécheresse, etc., [qui] bénéficient d’abord aux habitants des pays ou régions qui les mettent en œuvre. »
On le voit l’adaptation se caractérise par une analyse
globale ramenée à l’échelle locale pour une
action efficace et directe en faveur des zones humaines et naturelles
les plus atteintes par le changement climatique.
L’adaptation, si elle est un enjeu planétaire, a cela de particulier qu’elle agit au seul échelon utile :
« L’adaptation au
changement climatique, qu’il s’agisse d’anticiper des
changements et/ou d’y être plus résilient, renvoie
aussi, naturellement, à une dimension locale. Les pressions sur
l’environnement son souvent le fruit de conditions locales, et
seules des politiques menées à cette échelle
pourront permettre d’y remédier. »
Penser global agir local.
Anticiper pour s’adapter permet
de se familiariser avec la question de l’adaptation. Il nous fait
toucher du doigt la perspective d’un nouvel enjeu encore
relativement méconnu.
Ce livre s’avère être, au fil de la lecture,
passionnant. Il est abordable par tous ceux que les questions
environnementales intéressent (normalement tout le
monde…).
À lire absolument.
Anticiper pour s’adapter (Le nouvel enjeu du changement climatique), de Laurence Tubiana, François Gemenne & Alexandre Magnan, coll. Les Temps Changent, éd. Pearson